Interview – Clara Clara

Quelques semaines après la sortie de leur second album Comfortable Problems, dont la chronique est ici, Amélie et Charles du groupe Clara Clara nous font le plaisir de répondre aux questions de la JuBox.

Introduction

Clara Clara, c’est qui c’est quoi ? Qui fait quoi ?

Charles:  Clara Clara est un groupe composé d’Amélie Lambert et des 2 frangins VIROT François et Charles (moi).
On s’est rencontrés à Dijon à l’époque puis on a migré vers Lyon. François est au chant et à la batterie. Amélie est au synthé et je suis à la basse.
François et moi, on a toujours fait de la musique ensemble depuis le début. On avait un groupe qui s’appelait Moloch qui était très inspiré de The Ex ou Badgewearer. Ce sont des groupes qui passaient aux Tanneries, on était fan ultime . Puis quand Julien (le gratteux) s’est barré, on s’est mis à chercher des gens avec qui jouer. C’est comme ça qu’on a commencé un groupe d’abord avec plein de gens,genre 6 personne, puis on est revenu à une formation plus serrée en trio avec Amélie. Au début elle jouait de la flûte traversière puis ensuite elle s’est mise au synthé. Pour l’anecdote, le nom du groupe vient d’un manuel d’espagnol d’Amélie qui s’intitulait Clara. Ca veut dire « claire ». On a décidé de le mettre deux fois pour faire plus  joli. On a à notre actif 4 opus : 2 cdr fait maison ,1 album sur SK records et le dernier sur Clapping Music.

Comment définiriez-vous votre musique à un lecteur de notre site qui ne vous connaîtrait pas (moi j’aurais dit un mélange d’Architecture in Helsinki et de Friendly Fires, mais cela ne regarde que moi!)?

Amélie:  Moi je dirais qu’on fait de la pop de crados. Héhé! bon pour developper un peu tout ca, ce qui me plaît depuis le début dans ce groupe,et encore plus maintenant avec le retour de la voix, c’est de jouer sur 2 tableaux: bourrin et « dansant/poppy » à la fois. C’est à dire à la fois un gros son de basse qui envoie (octaver et disto) et un batteur qui joue comme s’il était en train de couper du bois , et en même temps des mélodies assez accrocheuses et légères. Pour nous l’énergie est vraiment capitale,surtout en live. On ne fait pas toujours dans la dentelle ni dans la précision extrême. Personnellement je préfère voir un concert où les musiciens font quelques fausses notes et les sentir vraiment tout donner. J’aime quand ça ne triche pas et j’aime sentir que les musiciens prennent du plaisir à jouer

Charles:  Je définirais cet album comme une sorte de pop noise. C’est des parties plutôt mélodieuses et poppy mais jouées avec du gros son et de la disto. On s’est inspirés de groupes comme Lightning Bolt ou Deerhoof. François varie aussi les rythmes ce qui rend l’album plus cool.

Parlons musique, c’est votre métier !

Vous aviez sorti un premier et excellent LP en 2007 s’intitulant « AA », bien rock, comme j’aime, et qui avait la particularité d’être instrumental, sans voix. Vous avez sorti le 10/03 votre nouvel album s’intitulant « Comfortable Problems » qui à présent mêlent voix et nouveaux instruments. Qu’est-ce qui vous a poussé à ajouter une voix ?

Charles: C’est François qui a décidé de mettre du chant. Ce n’était pas une nouveauté pour lui, il chantait déjà sur les premières démos de Clara Clara et dans presque tous ses autres projets. La principale raison, c’est qu’on voulait un changement par rapport à ce qu’on avait fait avant. On voulait faire évoluer notre musique. Le chant rend l’album beaucoup plus accessible. On voudrait maintenant en mettre encore plus en concert avec un micro chacun pour Amélie et moi.

Quels nouveaux instruments avez-vous ajouté et pourquoi ces choix?

Amélie : Le clavier a été un peu modifié. Avant j’utilisais un vieux bon tempi dont j’aimais beaucoup le son un peu agressif, puis ce dernier a rendu l’âme….mais…. nous avions anticipé cette disparition en achetant un clavier maître relié à un ordi et une carte son. Charles a lui même fait le son sur un logiciel appelé pure data (équivalent de max msp sous linux) l’avantage à cela, c’est que ça nous permet d’attribuer des effets sur le son de synthé sans avoir à acheter une flopée de pédales,hé oui ça coûte cher de faire de la musique!

Charles : Par rapport à l’album précédent, on n’a pas ajouté d’instruments mais François a décidé de jouer de la batterie debout avec 2 grosses caisses ( une au pied et une comme un tom). Et puis on a rajouté des effets sur la basse (delay et wha wha en plus de l’octaver et la disto) et sur le synthé (arpégiateur, filtre et pitch). Il y aussi des autres parties synthé et bien sûr plein de voix.

Avez-vous tout produit vous-même pour cet album ou étiez-vous assistés par d’autres personnes (e.g producteurs, ingé sons, musiciens etc.) ? Si oui, qui sont-ils ? Quel a été leur apport respectif ?

Amélie: Pour cet album on a fait les prises de sons dans un hameau à coté de Quimper avec Miguel Constantino. Ce dernier est très fort pour les placements de micro, détail -qui n’en est pas un-,et qui est même la clef de voute d’un enregistrement réussi . La majeure partie du mix a été effectuée par François ainsi que beaucoup d’overdub qu’il a fait à la maison. C’est assez cool de pouvoir prendre le temps et un peu de recul par rapport à ce que tu es en train d’enregistrer, de pouvoir revenir sur des détails qui après plusieurs écoutes ne te plaisent plus tant que ça. Ce qui n’est pas toujours possible en studio où le temps est compté.

Attardons nous sur votre processus de création sur cet album.

Pour créer et composer un morceau de A à Z, vous avez une formule magique toute faîte  ? Comment ça se passe entre vous 3 ? Tout le monde met la main à la pâte lors de la phase créative ou quelqu’un prend le lead ? Dites- moi tout à ce sujet !

Charles : On n’a pas de formule magique pour faire un morceau ou du moins on essaie de ne pas en avoir sinon ça devient chiant. Tout le monde met la main à la pâte pour faire les morceaux. On part en général d’un riff de synthé ou de guitare qu’on adapte ensuite. Après vient le basse / batterie. Puis on arrange tout ça pour que ça sonne le mieux possible. C’est vrai qu’on ne travaille pas trop en impro. Il y a toujours un riff de préparé à l’avance dans son coin. Mais bon ça ne se passe pas toujours comme ça. Maintenant j’ai bien envie qu’on essaie de partir du basse / batterie pour changer. Bref, on verra…
Moi je pense que le mieux, c’est d’essayer tous les moyens de faire une compo. Je veux dire partir de  impro/riff à l’avance ou d’un instrument en particulier avec une idée derrière la tête pour justement que faire une compo ne soit pas une recette magique. L’avantage de faire un trio, c’est qu’on peut tous s’éclater sur nos instruments respectifs, chacun y trouve son compte.
Pour les paroles, c’est 100% François.

Quelles sont vos inspirations ? Genres musicaux, artistes ?

Charles : Personnellement, mes 2 bassistes préférés sont Luc Ex et Brian Gibson qui jouent dans les 2 groupes qui m’ont le plus marqué. Après bien sûr il n’y pas qu’eux, je vois plein de concerts cools genre Weaves, Japanther. Je suis également à mort influencé par la scène Lyonnaise. Si c’est un pote qui joue je kiffe d’autant plus. On a des groupes mortels à Lyon genre Ned, Chewbacca, The Rubiks, Duracell, Sheik Anorak. Depuis que je suis arrivé à Lyon et que je répète au Ground Zero, j’ai joué avec plein de zicos trop cool et balèzes comme Damien Paulet et Andrew Dymont, j’ai d’ailleurs  un groupe avec eux qui s’appelle Ours Bipolaire. Ce sont des grands techniciens qui ont aussi une sensibilité mortelle !!

Question très curieuse et d’ordre technique : quels instruments utilisez-vous ? Quels logiciels ? Autres outils ?

Charles : Ma basse est une Godin A4. Elle était fretless quand je l’ai achetée au Canada et j’ai fait poser des frets parce que j’en avais marre de jouer faux. C’est une demi caisse il y a donc beaucoup de larsen. Dès que j’appuie sur la disto (Une Austin Gold de chez Rocktron) , il  y a un larsen qui part. Je passe mon temps à couper et mettre la disto et parfois même sur chaque note que je joue. Pour les partie les plus heavy, j’ai un octaver que je mets en général avec la disto. Sur certains passages de l’album, il y a aussi du delay et de la wah wah. Sur les prochaines compos, j’ai vraiment envie de mettre plus d’effets. Je me suis acheté il n’ y a pas longtemps un égaliseur.

Aviez-vous auparavant appris à jouer des instruments musicaux, dans votre tendre jeunesse ? Si oui, lesquels ?

Amélie : Je dois le confesser publiquement, j’ai appris la musique au conservatoire, de la flûte traversière, d’ailleurs j’en jouais dans clara clara au tout début, même si ma façon de jouer du clavier ne le démontre pas vraiment, beaucoup plus olé olé, héhé!. Le conservatoire, ou plutôt l’apprentissage de la musique de façon très scolaire est une expérience assez intéressante dans le sens où on t’apprend des choses fondamentales comme la justesse ou le rythme et tout simplement l’écoute des autres musiciens, mais j’ai vraiment eu l’impression de découvrir la musique de façon plus « complète » en jouant en groupe. Quand tu joues avec tes potes il y a une dimension de liberté qui n’existe pas dans les écoles de musique. J’ai vraiment eu l’impression qu’on m’avait caché des choses basiques pendant toutes ces années surtout quand j’ai commencé a jouer du clavier. je me suis rendue compte que la technicité ne faisait pas tout et qu’on pouvait ressentir et transmettre des émotions de bien des façons

Charles : Moi j’ai commencé par la guitare, folk puis ensuite électrique. On a commencé avec mon frère à faire des reprises bien crados des Sex Pistols et des Ludwig von 88 avec une valise et une casserole comme batterie,  une guitare honer, un ampli marshall valvestate et un micro tout pourri my first Sony. Ca s’appelait Les Casseroles Brûlées et on s’éclatait un max !!
Quand on a acheté avec mon frère une basse et une batterie on ne savait pas encore qui allait jouer de quoi. Et puis ça s’est fait naturellement et voilou…
J’ai aussi joué un peu sur le piano de ma soeur et ça m’a bien aidé ensuite pour jouer du synthé.

Concerts

Comment se déroulent les préparations de concerts ?

Charles : Je me suis mis récemment à m’entraîner à jouer tout seul et faire des gammes et des trucs comme ça avant un concert. Ca m’a pas mal aidé à faire de meilleurs concerts. Je crois que je vais continuer.
Ne pas picoler avant de jouer aide pas mal aussi, haha!

Avez-vous déjà tourné en dehors de la France ?

Charles : On a déjà fait pas mal de tournées en Europe et une aux Etats-Unis. C’était plus underground genre des bars, des squatts ou divers lieux de culture indé. La dernière tournée c’était dans des salles plus grosses avec plus de matos et de public.

Enregistrez-vous un album en pensant à la scène ?

Amélie : Jusqu’alors ,on enregistrait les morceaux de la même façon qu’on les jouait en live. Pour cet album les morceaux qu’on avait composés étaient plus pensés pour la scène mais on a pris le parti de développer un peu ça pour l’enregistrement d’où les choeurs,les overdubs, petits détails qui ne trahissent pas le morceau mais qui l’ »enjolivent » et le rendent plus attrayant quand l’énergie du live n’est plus là….très dur à rendre sur album les petits pas de danse!

Charles : On pense d’abord à tout jouer en live. Il ne faut pas oublier que notre passé c’est quand même plein de petites salles pleines de sueur et de bières. On pense en priorité au live. Après faire un album et les arrangements est une chose différente mais également très motivante. François s’est bien déchiré sur les voix en enregistrement. Je suis content que les gens qui connaissent en live découvrent des choses nouvelles en cd et inversement. Même si ça reste les même compos, c’est surtout les 2ème voix qui changent.

Avez-vous une ville en particulier où vous adorez venir jouer ?

Charles: On adore jouer à Amiens. La scène est vraiment classe là-bas: John Makay, Headwar, Les Suce-Pendu, Bourré en Pij. Et ils sont vraiment super sympa !! On s’éclate à chaque fois qu’on vient.

Projets à venir

Que pouvons-nous attendre de vous en termes de prochaines sorties pour cette année ?

Charles : Pour les prochaines sorties, il y a Réveille le groupe de François et Lisa Duroux.
En ce qui me concerne, j’aimerais bien sortir un album avec Robe et Manteau, le groupe que je fais avec un pote à Lyon. C’est 
un duo synthé / batterie. On va partir en tournée Reveille / Robe et Manteau j’espère que ça va le faire. Une fois qu’on aura un peu plus de morceaux, on va les enregistrer et essayer de trouver quelqu’un qui veuille bien nous le sortir. J’ai aussi un groupe qui s’appelle Ours Bipolaire, j’en parlais tout à l’heure. Bon même si le gratteux est parti en formation un moment, dès qu’il revient on va s’y remettre sérieux et on va essayer de partir en tournée.

Amélie : Il y a aussi un split avec le groupe KICKBALL, nos amis avec qui on est partis plus de 2 mois en tournée qui va bientôt sortir aux etats-unis sur le label de Portland (oregon) « Boy Gorilla ».

Le dernier mot pour la fin ?

L’ambioze éternelle!

Un grand merci de la part de l’équipe www.jubox.fr à tous les 3 ainsi qu’au label Clapping Music pour avoir accepté cette superbe interview. Nous vous souhaitons bonne continuation et à très bientôt sur scène !

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